Bonjour à tous (tes), je suis nouveau sur ce site que je viens de découvrir il y a peu.
Aprés avoir rédigé une petite présentation sommaire sur la file adéquate, j'étais en train de parcourir un peu plus les grands traits de ce site lorsque je suis tombé sur un paraphe ou l'on pouvait narrer ses récits les plus marquants.
Il y a de là quelques années, j'ai écrit ces quelques lignes inspirées de mes premiers pas de chasseur.
Je vous les livre donc cette confession, vous comprendrez qu'en tombant dans le chaudron, pourvu que l'on ai la Passion, on devient trés vite un inconditionnel de la chasse à la palombe...sous toutes ses formes.
Pendant que certains ne vont pas aprécier ces lignes, d'autres sans point en douter, s'y reconnaitrons...
En tout cas, je vous souhaite une bonne lecture.
Papa a fini par céder, il faut dire que je l'ai longuement harcellé,
la semaine durant,du haut de mes 14 ans.
Voilà nous étions enfin sur place, aprés une longue marche nocturne,
ou tout vous parait hostile et inquiétant.
Sous nos pieds, se déploie une accumulation de monts et de vallées,
soudain en moi un frisson, c'est l'ivresse des sommets qui fait
oublier les rigueurs de l'expédition et l'incertitude de notre chasse.
C'était magique !
Le vent de Mars imperturbable, sifflait inlassablement sur les
milliers de bourgeons emperlés de givre.
Seuls le végétal et l'animal que j'étais alors, semblaient pouvoir se
conjuguer ici.
Bientot des ribambelles désordonnées de pinsons, nous éffleurèrent le
visage, comme pour baliser la voie aux nombreuses palombes qui
suivirent.
Elles se sont échappées des plaines arides, balayées par les
bourrasques de Mistral et nous remontent comme des centaines de
luciolles, non sans avoir péniblement serpenté au creux des valats
sous jacents.
Papa n'était pas trés adroit et au bout d'une heure , les munitions
que je lui distribuait fièrement, diminuaient dangereusement, sans
accrocher le moindre oiseau.
Il m'avait pourtant promis de me faire essayer avant de partir, mais
là, à bien l'observer, je dois avouer qu'il y prennait gout........il
fallait réagir, inventer un stratagème rapidement, le passage ne sera
pas éternel.
Non sans avoir menti sur le nombre de cartouches restant, malgrés une
certaine réticence de sa part, il me céda la magistrale pétoire,
véritable témoin des générations passées.
J'étais comme enfiévré alors qu'apparut la providentielle volée, la
dernière? personne ne le saura jamais.......
Elle semblait marquer une pause au faite de chaque sommet, pour
replonger au ras des murettes écroulées, s'abritant au mieux afin
d'assurer sa progression.
A l'issue de cette interminable ascension, les voilà toutes proches,
des silhouettes furtives m'envahissent de part et d'autre, me
retrouvant comme pétrifié, égaré au milieu d'une impitoyable
confrontation, sous le regard de mon père ébahit.
Mettant fin à une généreuse visée, les deux coups claquèrent presque
simultanément
.De légers duvets, témoins de ma réussite, prennent la voie céleste.
Au fil de ma périlleuse chevauchée, n'y croyant pas encore, ma belle
gisait là, endormie sur une touffe de farigoulette......une perle
rouge vermillon au bout du bec me fit prendre conscience que je venais
de donner la mort pour la première fois.
La main de papa sur mon épaule me sortit de mes songes et je vis
jaillir de son regard une admirable émotion.........on dialoguait sans
se parler, jamais je n'oublierai ce moment là.
Au retour, mes yeux étaient plus fatigués que mes mollets, d'avoir
tant vu....tant découvert.....
Quelques années plus tard...
L'arbre du Louis ou l'enfant et la montagne.(version longue)
Il est dans les montagnes Cévenoles, des gorges tourmentées ou le
soleil s'essouffle à chauffer la roche.
Des gorges profondes mais aussi des vallées secrètes, comme suspendues
entre un sentier sans fin et des forèts sans scrupules.
Il est des lieux ainsi,dont on aimerait pouvoir s'attribuer la
découverte,tant l'endroit s'avère inattendu et authentique....Rèves
protégés de mon enfance qui ne pouvaient qu' envouter ma curiosité.
Quand on a vu le jour dans ce "pays", on a toujours envie de les
découvrir.
A l'orée de mes quinze ans , je fis ma "fugue" , et je monte tant que
je peux , jusqu'ou les arbres perdent courage , ou la Tramontane vous
coupe la face.
Un parcours sans heurts , mais non sans détours ni surprises . Cette
vague végétale qui se déploie peu à peu sous le silence de mes pas ,
n' est jamais houleuse et monotone , nombre de plantes
particulièrement odorantes à bousculer , myrthes , asphodèles ou
encore armoises se partagent les aromes .
Duels sans merci , à l'image de cette salsepareille enroulée autour
d'un vieux houx...des espèces qui se tricotent entre elles .
De toutes ces gaillardes , toujours parfaitement adaptées au climat
comme au terrain , je connais déjà les noms.
Peut-on imaginer plus bel hymne à la végétation Méditerranéenne ?
Sans oublier les heureux pensionnaires de ce petit paradis resté
sauvage , d'ou séchappent quelques joyeuses trilles de rossignols ,
grives musiciennes ou bien encore merles enchanteurs .
L'escalade se poursuit , plus exigeante et plus ennivrante .Un chemin
en lacets taillé dans le roc , façonné par des millions de sabots.
Au rythme lent de la marche à pied , je découvre un paysage
grandiose....On m'avait promis des pentes rudes et des combes
obscures...ce ne sont qu'enfilades de vallées luxuriantes , pour qui
sait apprécier , la promesse d'émerveillement est garantie .
Brusquement la voie se durcit et semble devoir s'égarer dans les lacis
d'un labyrinthe . Je pénètre alors dans la foret d'épicéas , ombreuse
et muette , d'un naturel parfait , la lumière tamisée du monde
extérieur se glisse autour de moi avec une élégante discrétion.
La fraicheur s'installe , mon visage se constelle de gouttelettes ,
les perçées de soleil se raréfient puis s'effacent...
progressivement , une présence plus forte semble m' attirer auprés d'
elle , lorsque se dessine devant moi la silhouette de celui que je
suis venu rencontrer :" L 'ARBRE DU LOUIS."
Colosse mythique qui a vu passer et se reposer tant de palombes .
C'est un arbre totémique à double visage , face érigée au levant ,
croupe offerte au couchant , un gaillard rude et fier , exposé aux
quatre vents, planté dans des lames de schistes. A ses cotés , je me
sens si dérisoire . Sa courbe fascinante épouse celle du ravin et
délimite , d'un coté , l'accés à la draille , de l'autre , le premier
étage de restanques délaissées, s'agenouillant en pente douce . Il ne
m'est pas d' endroits sur cette terre qui me soit plus cher qu'à ses
cotés. Pendant de longues journées, grand-père m'avait raconté le
bonheur souverain que je pourrais cotoyer en ces lieux bénis des
dieux.A chaque fois qu'une occasion lui était donnée, il me prennait
près de lui, assis sous cet illlustre tilleul aux senteurs
paradisiaques...face à sa Cévenne. Elle lui apparaissait constamment
dans sa grace et sa gaieté folatre, jamais menaçante, ses pensées
étaient comme des rayons de soleil qui percent un sombre nuage.
J'aurais tant aimé qu'il puisse un jour tout m'avouer d'elle, me la
donner en héritage...la vie qu'il avait mené ne lui a pas laissé le
temps, si dure, offrant si peu de distractions, que c'est au coeur
mème de sa Montagne qu'il affirmait sa meilleure raison d'ètre.
Papé Louis était et sera à jamais l'idole de mon âme...
Ici , point de cimes démesurées , de neiges éternelles ou d'amples
vallées glaciaires , non , en grimpant sur ses grands bras , je domine
peu à peu l'intégralité d'un territoire avec l'illusion euphorique
d'en ètre le "maitre", la tète tout près des nuages .
.
Tout en bas , un bosquet de pins centenaires , puis le village
suspendu à la colline , la falaise rocheuse lui tenant lieu
d'appui .Sur le flan gauche , une ribambelle de mas s'accrochent aux
pentes d'une vallée torturée ou bondit la rivière , enchanteresse ,
sauvage et dévastatrice parfois . Droit devant émerge le Mont Bouquet
aux proportions généreuses , rivalisant de beauté avec le massif du
Ventoux en toile de fond , baptisé chez nous "géant du Vaucluse".
Passage visuel du proche au lointain...souhaite-t-on en atténuer le
franchissement ou bien , au contraire le marquer ?
C'était l'automne ," la Cévenne" se retrouve avec elle mème ; elle
peut maintenant à son aise jouer avec le grain de ses roches et le
vert de ses futaies , les bruyères ravivent leur violet , les
fougères virent à l'orangé et les chataigners déjà au doré .
Ce matin là , les reliefs sont éclaboussés de lumière , la montagne
alors multiplie ses veines...elle devient la scène d'un spectacle qui
se donne à huis clos .
Ces crètes ressemblent au squelette d'un monstre terrassé ou seulement
assoupi , à moins qu' à mieux y regarder , elles ne figurent des
racines tentaculaires nourries par les pluies et façonnées par le
souffle d' Eole .C' est l' ivresse des sommets qui me fait oublier les
rigueurs de l'expédition et l' incertitude du lendemain.
Soudainement , les bruits mélodieux de sonnailles me firent sortir de
mes songes...sur le sentier du retour , la bergère rassemble ses
chèvres , puis c'est au tour du patre de parquer ses brebis pour la
nuit .
A mon arrivée , sur la place du bourg , les chasseurs dressent le
bilan de la battue ; dans la rue , deux connaisseurs évaluent la
cueillette des champignons en cours ; quelques randonneurs regagnent
un gite ; sur la terrasse la mieux exposée , des voisins se sont
invités pour boire l'apéritif .
Devant le mas récemment restauré , papa me réceptionna en me passant
la main dans les cheveux et de sa voix rocailleuse sortirent les mots
suivant : " alors ...tu es monté là-haut ? ".
Un moment silencieux , ne sachant que répondre , il m' avoua du fond
du coeur avoir lui aussi fait pareil au mème age ...il venait tout
simplement de me pardonner .
Aujourd'hui , bien des années plus tard , une" cabane" perchée au
coeur de ce chène séculaire , m' offre mème la possibilité de glisser
dans le sommeil , de me perdre dans l'infiniment bleu du ciel , ou
tout doucement me laisser envelopper dans le brouillard.
En sa compagnie , je me sens totalement disponible pour la
contemplation et la quette du vrai .
Les yeux fermés , je ne regarde plus le paysage , je suis
dedans...l'imagination au pouvoir .
Voilà , tout l' Amour de ma palombe , je le partage la-haut , car
cet Amour-là a besoin d'intimité....
Etrange mariage entre un lieu , un arbre , un oiseau et un
homme...c'est la Fièvre bleue dirons les connaisseurs .
Fin.